Guide sur l’aménagement du temps de travail pour un aidant familial
Découvrez comment aménager le temps de travail pour un aidant familial afin de concilier vie pro et vie personnelle.
Découvrez comment aménager le temps de travail pour un aidant familial afin de concilier vie pro et vie personnelle.
Dans Le Monde de Nemo (2004), Marin n’est pas juste un papa poisson stressé, c’est surtout un vrai aidant familial. Il surmonte ses peurs, adapte tout son quotidien pour aider son fils à vivre avec son handicap : une nageoire très petite comparé à l’autre.
Marin incarne à la perfection le rôle d’aidant familial, c’est-à-dire un.e proche d’une personne en situation de handicap ou en perte d’autonomie et qui l’accompagne dans son quotidien(1).
La notion “d’aidant•e familial•le” inclut que l’aidé•e peut être :
En complément du terme “aidant•e familial•e”, on utilise aussi les expressions “aidant•e naturel•le” ou “proche aidant•e”. Ces formules se veulent plus inclusives car elles ne limitent pas la relation à un lien familial : la personne aidée peut tout aussi bien être un•e ami•e proche ou quelqu’un avec qui l’aidant•e entretient une relation affective forte. Quel que soit le terme utilisé, leur rôle est similaire : offrir, de manière informelle et non rémunérée, du soutien et des soins à un•e proche(2).
Même si les termes comme « aidant•e » ou « proche aidant•e » sont reconnus par le Code de l’action sociale et des familles(3) – la loi qui organise l’aide aux personnes en difficulté en France -, ils ne donnent pas automatiquement de pouvoir légal pour prendre des décisions à la place de la personne aidée (sauf exception des mineur.e.s). Celle-ci garde le droit de décider pour elle-même, sauf si elle est placée sous curatelle ou tutelle, deux mesures légales qui servent à protéger les personnes qui ne peuvent plus gérer de manière autonome leurs affaires (comme leurs finances ou leur santé).
Un.e aidant.e familial.le peut recevoir certains dédommagements en échange de ses services, cependant les compensations perçues ne sont bien souvent pas suffisantes pour permettre à l’aidant.e de subvenir à ses besoins sans cumuler une activité professionnelle annexe(1). La question principale tourne donc autour de l’aménagement du temps de travail de l’aidant•e familial•e.
La plupart des gens peinent déjà à gérer leur propre vie ; les aidant•es, eux, doivent en assumer une seconde en plus de la leur.(4). Souvent, cela cause un épuisement moral et physique et un stress élevé comme le burn out. Pour répondre à cette difficulté, le Code du travail prévoit des aménagements du temps de travail pour les personnes concernées, soit 1 Français sur 5 qui remplit ce rôle d’aidant auprès d’un proche(5).

📌 Graphique sur la charge mentale des aidants | Étude réalisée par Reworld Media Connect et diffusée sur le site de Top Santé en 2022.
Aménager le temps de travail d’un•e aidant•e apporte plusieurs bienfaits :
L’employeur d’un aidant salarié peut, parmi toutes les possibilités qui s’offrent à lui ou elle, choisir l’aménagement du temps de travail aidant familial(4), qui peuvent prendre des formes telles que :
Les aidants familiaux ont également la possibilité de demander une réduction du temps de travail sans perte d’emploi. Le salarié peut demander à passer d’un temps complet à un temps partiel, par exemple à 80% du temps de travail habituel. Cette demande peut être refusée par l’employeur s’il justifie de raisons objectives liées au fonctionnement de l’activité(4).
Depuis 2018, la législation française autorise le don de RTT (jours de repos) entre salarié•es(6). Il est possible de renoncer à tout ou à une partie de ses jours de repos pour les donner à un•e collègue, parent d’un enfant malade ou qui décède, ou à un•e collègue aidant•e familial•e. Il est possible d’effectuer un tel don qu’on soit fonctionnaire ou contractuel. Le don de RTT permet à la personne qui en bénéficie d’être rémunérée pendant son absence(4, 6).
Le compte épargne-temps (CET) permet au.à la salarié d’accumuler des jours de congés ou de recevoir une rémunération, immédiate ou différée, en échange de congés ou de repos non pris. Les conditions d’utilisation de ces droits sont fixées par la convention ou l’accord qui prévoit la mise en place du CET(7).
À sa demande, et avec l’accord de l’employeur, le.la salarié peut utiliser son CET pour compléter son salaire ou réduire progressivement son temps de travail. Les jours de congés épargnés au-delà des 5 semaines annuelles peuvent ainsi être transformés en complément de rémunération(7).
Le congé de proche aidant est un dispositif qui permet à un.e salarié•e de s’occuper d’une personne en situation de handicap, âgée ou en perte d’autonomie(8–11).
| Bénéficiaires | Tout salarié peut en bénéficier sans condition d’ancienneté |
| Personnes aidées | Tout proche avec lequel le salarié entretient un lien affectif étroit, qu’il soit de sa famille ou non |
| Durée | 3 mois renouvelables sans dépasser 1 an sur l’ensemble de la carrière du salarié |
| Flexibilité | Le congé peut être pris en continu, fractionné ou à temps partiel |
| Conditions | • La personne aidée doit résider en France et être en situation de handicap / perte d’autonomie grave • Le salariée doit prévenir son employeur un mois avant la date de début du congé par courriel ou voie postale |
| Rémunération | Le congé est sans solde mais ouvre le droit à l‘AJPA (allocation journalière du proche aidant) versé par la CAF. |
Ce dispositif permet ainsi aux salarié•es de concilier leur vie professionnelle avec leur rôle d’aidant•e, tout en bénéficiant d’une certaine flexibilité dans l’organisation de leur temps de travail. Il ne peut pas être refusé par l’employeur si toutes les conditions sont remplies et si la demande est déposée dans le respect des règles établies(8,9).
Cela dit, d’autres spécificités doivent être prises en compte pour que la durée du congé puisse être optimale pour le salarié. Il lui est possible d’envisager notamment une interruption de carrière, laquelle peut-être considérée sous différentes formes(12) :
La durée du congé pour une.e proche aidant.e est décidée par le salarié qui en fait la demande. Depuis 2021(12), ce congé peut être appréhendé de différentes façons :
Durée maximale sur toute la carrière :
• 6 mois au total pour une interruption complète
• 12 mois au total pour une interruption partielle (mi-temps ou 1/5 temps)
Ce congé suspend le contrat de travail pendant la durée de l’interruption, mais le temps compte tout de même dans le calcul de l’ancienneté. L’interruption ne peut pas être amputée sur les congés payés. En échange, le salarié s’engage à ne pas exercer d’autre activité professionnelle pendant l’intégralité de la durée de l’interruption(11).
Le Code du travail français inclut dans sa législation des articles sur l’aménagement du temps de travail aidant familial et leur protection. Parmi ces articles, sont cités le droit au répit et le congé proche aidant(13) qui sont les deux piliers tenus par la loi française pour éviter le burn out des aidants naturels ou familiaux.
Le congé peut être pris pour s’occuper d’un large éventail de proches, incluant le ou la conjoint•e, les ascendants, les descendant•es, les collatéraux jusqu’au 4ème degré, ou une personne âgée ou handicapée avec laquelle le.la salarié.e entretient des liens étroits(9). Le congé peut être pris de manière continue, fractionnée, ou sous forme de temps partiel(12).
Il est possible de bénéficier de congés supplémentaires sous certaines conditions. À l’annonce d’un handicap ou d’une pathologie touchant un enfant d’un•e salarié•e dans le privé, par exemple, la législation française offre 5 jours de congés payés (sans limitation d’âge)(15–17). Il n’y a pas de différenciation dans les contrats de travail (CDD, CDI, intérim, temps plein ou partiel) pour pouvoir prendre ces congés et l’employeur ne peut pas les refuser(15).
Il existe également le congé de présence parentale. C’est un congé non rémunéré de 310 jours ouvrés sur 3 ans pour les parents d’enfants gravement malades ou handicapés. Pour pouvoir en bénéficier il faut que l’enfant n’ait pas plus de 20 ans, ne perçoive pas un revenu mensuel supérieur à 1104.25€ et ne touche pas à titre personnel d’une allocation logement ou d’une prestation familiale(18). Il ouvre le droit à l’AJPP (allocation journalière de présence parentale) et est renouvelable au-delà de 3 ans si l’enfant a toujours moins de 20 ans et que son état de santé ne s’est pas amélioré ou s’est empiré(4, 18).
Parmi les aides financières disponibles pour les aidants familiaux, l’AJPA (Allocation Journalière du Proche Aidant) ressort principalement. Cette aide est disponible lorsque vous avez pris un congé de proche aidant et vous fournit un autre appui financier.
Les aidants peuvent être dédommagés pour le travail qu’ils effectuent auprès de la personne qu’ils aident. Cela est possible si la personne aidée reçoit la Prestation de compensation du handicap (PCH) ou si l’aidant perçoit l’Allocation d’éducation de l’enfant handicapé (AEEH). Le montant du dédommagement est de 50% du SMIC horaire net, porté à 75% si l’aidant doit cesser ou réduire son activité professionnelle(20).
Le droit au répit est reconnu pour les aidants familiaux depuis la loi sur l’adaptation de la société au vieillissement (2015). Réalisé dans le cadre de l’APA (allocation personnalisée d’autonomie), il prévoit une enveloppe de 509,76€ par an et par personne aidée(14, 21). Cette enveloppe sert à loger la personne aidée dans des institutions qui peuvent s’occuper d’elle durant une courte durée pour que l’aidant puisse se reposer, comme par exemple : un accueil de jour ou de nuit, un hébergement temporaire en établissement ou en accueil familial, ou bien encore un relais à domicile(14).
| Aide | Montant | Durée | Conditions |
| AJPA (allocation journalière du proche aidant) | 64,54 € par journée et 31,27 € par demi-journée depuis le 1er janvier 2024 | 66 jours par personne aidée, dans la limite de 264 jours sur l’ensemble de la carrière à partir du 1er janvier 2025 | Avoir pris un congé de proche aidant ; ouvert aux salariés, indépendants, personnes en recherche d’emploi, agents publics |
| Dédommagement via la PCH ou l’AEEH | 50% du SMIC horaire net, porté à 75% si l’aidant•e doit cesser ou réduire son activité professionnelle | Pas de durée maximale sauf si la MDPH dit le contraire. | La personne aidée doit bénéficier de la PCH ou l’aidant.e perçoit l’AEEH |
| Droit au répit | 509,76€ par an et par personne aidée | Annuel, renouvelable chaque année | La personne aidée doit bénéficier de l’APA ; utilisé pour financer des solutions de répit (accueil temporaire, relais à domicile, etc.) |
Concilier son travail et son rôle d’aidant•e peut être un réel casse-tête car il faut bien souvent conjuguer ses heures de travail en entreprise avec celles consacrées pour aider la personne, sans compter les temps de trajets, la charge mentale et émotionnelle, l’accumulation de fatigue etc. Voici quelques conseils(22) d’aménagement du temps de travail aidant familial pour bien s’organiser :
Des entreprises, comme Zest for life par exemple, proposent d’accompagner employeur comme employé dans cette gestion du temps. Le but est de soulager les deux parties et de trouver un consensus durable et sain.
Organisez le quotidien plus sereinement
Téléchargez un exemple de planning conçu pour aider les aidants à mieux coordonner les tâches et les rendez-vous.
Plus d’un•e aidant•e sur deux s’ignore en France selon le CNSA (Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie) (5), il est donc important de toujours s’assurer de privilégier une forme de lien social avec quelqu’un d’autre que la personne que l’on aide. Il en va de la santé mentale des aidant•es. Pour cela, des groupes de parole et des associations d’aidant•es existent en France, comme par exemple l’Association Française des Aidants, et même des groupes de parole plus régionaux. Il est nécessaire de se rappeler que l’aménagement du temps de travail aidant familial peut passer par déléguer des tâches et recourir à une aide professionnelle ou plus temporairement à une aide au répit.