Boccia, basket-fauteuil, paracanoë, handi-karaté, badminton sourds : plus de 40 sports sont référencés aux Jeux Paralympiques d’été et d’hiver. Les fédérations de handisport ont vu leur nombre de pratiquants multiplier par 15 depuis les années 70. Parallèlement, les technologies pour le handicap ont considérablement évolué. En quoi l’engouement pour le handisport est-il lié aux innovations dans le domaine des aides techniques ? Quels sont les impacts du handisport sur l’inclusion de manière générale ?
Aux origines du concept de handisport
Dans les années 40, le Dr Ludwig Guttmann, neurochirurgien Allemand se réfugie au Royaume Uni et commence à travailler au Centre National des blessés médullaires de Stoke Mandeville. Il y soigne principalement des soldats blessés au niveau de la moelle épinière, et qui sont en fauteuil roulant.
Convaincu des bienfaits physiques, psychologiques et sociaux, du mouvement pour les personnes paraplégiques, il développe la médecine de rééducation moderne en prescrivant des activités adaptées. Il recommande particulièrement le badminton, le tennis de table, l’athlétisme, ou encore le tir à l’arc : le sport devient le socle de cette nouvelle discipline.
En 1948, il profite des JO de Londres pour expérimenter une compétition sportive entre ses patients lors des ”Jeux de Stoke Mandeville”. Cet événement modeste rassemble seulement une poignée de participants mais le coup de communication fonctionne. Plusieurs nouvelles éditions sont organisées dans les années suivantes, rassemblant des athlètes de plus en plus nombreux et de différentes nationalités, jusqu’à être officialisées en tant que Jeux Paralympiques dans les années 60.

Médecin visionnaire, le Dr Guttmann a contribué à révolutionner le regard porté sur le handicap en démontrant qu’avoir une mobilité réduite n’empêche pas de bouger, de performer, et d’étendre les limites de ses capacités physiques.
« Il fallait non seulement sauver la vie de ces hommes, femmes et enfants paraplégiques et tétraplégiques, mais encore il fallait leur redonner leur dignité et en faire des citoyens heureux et respectés.” Dr Guttmann
Le handisport, un dopeur d’avancées technologiques pour la mobilité
Avec la généralisation des handisports, les fabricants innovent en développant des aides techniques plus adaptées et efficaces. Ces évolutions profitent ensuite à toutes les personnes en situation de handicap.
“De la même manière que les 24 Heures du Mans ou la F1 ont permis l’arrivée de l’ABS ou d’un grand nombre d’améliorations techniques, électroniques et technologiques dans la voiture de “Monsieur tout-le-monde”, les recherches, initiées pour permettre aux sportifs de haut niveau évoluant en handisport d’être toujours plus performants, servent ensuite le quotidien de toute personne en situation de handicap.” témoigne Dominique Fillonneau, Orthopédiste dans un article d’Handisport le mag.
Des matériaux plus légers et plus solides
Depuis les années 1970, le poids des fauteuils roulants dédiés à la pratique sportive a diminué de plus de moitié : ils sont passés d’environ 18 à 7kg, principalement grâce à l’utilisation de matériaux plus légers comme l’aluminium ou le titane. Pour les sportifs en fauteuil, cette légèreté ouvre la possibilité à des mouvements et changements de direction plus rapides, atouts majeurs dans des disciplines comme le basket fauteuil ou l’athlétisme. Pour le rugby fauteuil, le titane utilisé dans les cadres de fauteuils est idéal car c’est une partie très exposée aux impacts répétés. Du côté des prothèses de jambe, les lames en carbone ont permis aux personnes amputées d’accéder à la course et de rivaliser de vitesse avec les coureurs non-amputés.
Une meilleure maniabilité
“Je pense que 50% de ma victoire est due à l’utilisation des roues Dreeft. Cet élément technique complémentaire m’a beaucoup aidé pour arriver à ce résultat” a déclaré l’athlète Yunier Fernandez, après avoir décroché la médaille d’or en para tennis de table aux Jeux Paralympiques de Paris 2024. Les roues Dreeft ont été offertes au sportif par Toyota Motor Europe, sponsor officiel des Jeux Paralympiques et partenaire du fabricant français EPPUR. Cette start-up explique que “le système de freinage des roues Dreeft a permis à Yunier Fernandez de s’approcher de la table plus rapidement et de manière dynamique tout en contrôlant précisément ses mouvements grâce au freinage progressif. Il pouvait ainsi avancer d’un coup, freiner instantanément, et s’arrêter exactement à la bonne position, optimisant ses déplacements pendant les échanges.”

Plus de possibilités de personnalisation
Scanner et impression 3D, moulage assisté par ordinateur : les technologies récentes de conception permettent de concevoir des aides techniques sur mesure, ajustées à la morphologie de l’utilisateur, et adaptées aux contraintes du sport pratiqué. L’athlète suisse Flurina Rigling a ainsi pu bénéficier de chaussures imprimées en 3D pour participer aux épreuves de cyclisme à Paris 2024 « Cette innovation m’aide énormément. Imaginez : avant, je n’avais qu’une seule chaussure en cuir. Une fois mouillée, je devais d’abord la laisser sécher. Maintenant, les chaussures imprimées en 3D sont produites relativement rapidement et elles sont beaucoup plus légères que les anciennes. Cela fait une énorme différence pour moi. »
Un mouvement qui change les règles du jeu face au handicap
Les avancées technologiques dans le domaine du handisport contribuent à faire évoluer la perception du handicap de manière globale. Vecteurs d’inclusion, elles démontrent que chacun, quelques soient ses possibilités de mobilité, peut accéder aux activités qui l’épanouissent grâce à une aide adaptée. Les Jeux paralympiques sont d’ailleurs les périodes où le handicap est le plus montré sur nos écrans de télévisions, et traité dans les médias.
On parle de “situation de handicap” car on reconnaît que le handicap est lié à la situation dans laquelle se trouve la personne, et non à une caractéristique qui la définit entièrement. Autrement dit, ce n’est pas l’individu qui est « handicapé », mais la société et les infrastructures qui ne s’adaptent pas suffisamment pour l’inclure. Les sportifs des paralympiques sont équipés d’aides techniques ou humaines adaptées. Ils performent sur des terrains adaptés à leur sport. On peut donc considérer que dans ce contexte, ils sont simplement, et seulement, des athlètes. C’est ce qu’exprime la triathlète malvoyante Jessica Tuomela quand elle déclare « De manière générale, le sport est le seul domaine où je me suis toujours sentie athlète et jugée sur mes qualités plutôt que sur mes handicaps ».
D’autres ressources sur le sujet de la technologie et du handisport :
- Podcast « L’Heure du Monde » l’histoire des Jeux paralympiques
- https://www.ucpa.asso.fr/accueil/le-sport-de-demain/article/sport-et-technologies-pour-rendre-la-pratique-sportive-accessible-au-plus-grand-nombre
- https://conseilsport.decathlon.fr/technologie-et-handisport-vers-la-fin-du-handicap
- https://theconversation.com/les-jeux-paralympiques-comment-tout-commenca-il-y-a-70-ans-99390